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Mohamed Hadj-Sadok : Le promoteur de l'enseignement franco-musulman

 

 Par SELLAM SADEK- Le Monde du 7 août 2000, page 7-

 

MOHAMED HADJ-SADOK est mort le 23 juillet 2000 à Paris où il était installé depuis 1961. Il a été enterré dans son village natal près de Aïn Defla dans l'Ouest algérien.

 

Il était né en 1907 dans une famille de notables religieux. Son enfance a été marquée par les récits des combats de son arrière-grand-père dans l'armée de l'émir Albelkader. Durant son adolescence, il a vu le petit-fils de celui-ci, le capitaine Khaled, préparer ses victoires électorales.

 

De 1929 à 1932, Hadj-Sadok est à Paris pour y poursuivre ses études, notamment à l'Ecole des langues orientales où il a eu les grands arabisants William Marçais et Louis Massignon comme maîtres. En 1932, il est professeur d'arabe au collège de Sétif où il rencontre le cheikh Bachir Ibrahimi et Ferhat Abbas, deux chefs de file du nationalisme réformiste. Deux ans plus tard il enseigne l'arabe au lycée Duveyrier de Blida à des élèves comme Abane Ramdane, le futur chef du CCE du FLN, et Benyoussef Benkhedda, qui présidera le GPRA.

 

Reçu à l'agrégation d'arabe en 1947, il est signalé dans un rapport élogieux par Louis Massignon au ministre de l'éducation du gouvernement Ramadier, Marcel Naegelen. Celui-ci est nommé gouverneur général à Alger l'année suivante et il fait entrer Hadj-Sadok dans son cabinet pour y suivre les dossiers de l'éducation. Soutenu par des réformateurs coloniaux comme l'arabisant Lucien Paye, le professeur-conseiller engage une action en faveur de la promotion des musulmans par l'école. On lui doit notamment la fusion des classes A et B qui séparaient les élèves " indigènes " et leurs camarades européens à l'école primaire. Il a surtout réussi en 1951 à transformer les medersa d'Etat - que les assimilationnistes voulaient fermer - en lycées d'enseignement franco-musulman.

 

La réforme de Hajd-Sadok a ouvert ces établissements aux jeunes filles musulmanes dont l'éducation était jusque-là négligée au nom d'un conservatisme colonial qui avait comme alliés les courants traditionalistes musulmans. Après ces réformes, Hadj-Sadok intègre l'université d'Alger où il enseigne la littérature arabe à la faculté des lettres et à l'Institut supérieur d'études islamiques. Il publie des ouvrages d'érudition sur le géographe Idrissi et le voyageur Ouarthilani et consacre un livre à l'histoire de Miliana.

 

En 1956, il est nommé proviseur du lycée franco-musulman de Ben Aknoun. Le général de Gaulle sollicite son avis en 1959 avant d'introduire à l'école primaire algérienne pour la première fois l'enseignement de l'arabe qui était une " langue étrangère ", selon un avis du Conseil d'Etat remontant à 1933. Nommé inspecteur général en France en 1961, ce connaisseur des questions de l'éducation devient vice-président du jury de l'agrégation arabe. Avec Henri Laoust, il fait augmenter le nombre de reçus à ce concours qui passera de deux à trente, avant de baisser considérablement dans les années 70.

 

Après son départ à la retraite, Hadj-Sadok reste attentif aux questions relatives à l'arabisation en Algérie, à l'enseignement de l'arabe et au statut de l'islam en France. Pressenti en 1980 pour prendre la tête de l'Institut musulman de la mosquée de Paris, il a subordonné son acceptation à une large consultation des fidèles que les ministres successifs de l'intérieur ont vainement cherché à organiser.

 

En 1983, il a décliné l'offre de Jacques Berque lui proposant de prendre la tête de l'association Connaître l'islam chargée de produire la problématique émission islamique télévisée dans ce domaine en souvenir du refus persistant de l'administration d'appliquer la loi de 1905 à l'islam. Tout récemment, il a suivi avec intérêt et scepticisme la mise au point du projet d'Ecole des hautes études islamiques autonome qui a été refusée non sans avoir été assimilée à une " école coranique ".

 

Ce doyen des musulmans en France, qui s'est consacré à défendre le biculturalisme, projetait d'éditer ses mémoires en plusieurs volumes. Leur publication ne manquera pas d'apporter un éclairage original sur l'effort de toute une génération, de concilier l'islam et la modernité et de faire état d'appréciations non-conformistes sur les relations de la France avec ses musulmans.

 

SADEK SELLAM

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