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Annie_Steiner-6d348.jpg         J’ai connu le professeur Hadj Sadok au lycée ex-Duveyrier, à Blida, où je faisais mes études secondaires pendant la seconde guerre mondiale. Lycée de garçons à l’origine, il était devenu mixte après le débarquement des américains qui s’étaient installés à l’établissement de jeunes filles. Excellent pédagogue qui savait nous communiquer son amour de la langue arabe, enseignant par vocation, Si L’Hadj m’a donné de solides bases dans cette langue que j’avais choisie pour le baccalauréat avec le latin. Outre ses cours de grammaire d’une grande clarté, cours qu’il avait élaborés lui-même en partant, sans doute, de plusieurs ouvrages, il nous avait appris tous les modes de versification de la poésie arabe pour former notre oreille aux rythmes et ondulations de cette poésie. Et j’ai encore en mémoire un poème de Tounadhir El Khansa appris par cœur il y a plus de 60 ans. Bâtiment cossu où Si L’Hadj a formé des générations de lycéens, le lycée se situait entre le jardin Bizot et la place d’armes avec son kiosque à musique, la librairie-papeterie Mauguin très bien achalandée en fournitures scolaires (elle existe toujours), et, sur un côté dans une petite rue, des calèches à chevaux pour des promenades désuètes et agréables. Un peu plus bas se situait le Bois sacré, avec son marabout et ses oliviers, près duquel habitait la famille Hadj Sadok. J’ai pris des cours dans cette demeure pendant l’été qui a précédé mon entrée au lycée car, venant de Sidi Bel Abbès où je n’avais fait qu’un an d’arabe parlé, j’avais besoin d’une mise à niveau, ce dont Si L’Hadj a bien voulu se charger. Et je me souviens que Madame Hadj Sadok m’apportait des pâtisseries faites par elle-même, ce qui soutenait mon attention d’une façon bien agréable. J’habitais alors un peu plus haut, l’ex-avenue de la Marne, chez ma tante et mon oncle qui m’avaient accueillie à la mort de mon père. J’ai revu ce lycée l’année dernière ; il est mixte et bien entretenu. Une plaque en marbre, fixée dans l’entrée, donne la liste des martyrs anciens élèves du lycée ; parmi eux Abane Ramdane, Ali Boumendjel et tant d’autres, élèves de Si L’Hadj. Dans ma classe nous n’étions que trois européens (Champier, Melle Ripoll qui étaient à côté de moi, et moi-même) et trois algériens (les deux fils du docteur Bachir, Hassen et Aladin, et leur cousin Abdellouhab) : les quatre garçons étaient à droite de l’allée, Melle Ripoll et moi-même étions à gauche de l’allée. Et pendant le cours, Si L’Hadj marchait dans la salle sans nous quitter des yeux afin que notre attention ne se relâche pas : personne ne pouvait tromper sa vigilance ! Ses cours, soigneusement préparés, étaient un modèle de rigueur et de clarté dans leur agencement et leur progression : énoncés, tableaux, règles de grammaire, tout était bien ordonné pour faciliter notre compréhension. Et pour la prononciation de ces sons nouveaux pour moi, de ces lettres dont il fallait restituer les nuances et l’emphase, sa patience était sans limite, sa rigueur était sans pitié. Il aimait et encourageait ceux qui travaillaient ; pour les autres il fallait qu’ils suivent. Je ne pensais pas, à l’époque, à quel point son enseignement me serait indispensable et bénéfique après 1962 où l’arabe est devenu langue officielle. Merci, Si L’Hadj, de m’avoir donné les bases et l’amour de cette belle langue, et, puisqu’il m’arrive de la malmener régulièrement, je ne peux que vous dire : « pardonnez-moi, cher Maître ; Vous avez toute la reconnaissance, sincère et fidèle, d’une de vos anciennes lycéennes, Melle FIORIO ». Annie Steiner Alger le 15 mai 2005

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